Entretien

Publié le 27/08/2009

Entretien avec Pascal Rabaté au sujet de "Le petit rien tout neuf avec un ventre jaune"

Pascal Rabaté : Un chien fou qui cherche ses os

Tu dis attendre le hasard pour faire un livre. Quel a été l’heureux élément déclencheur pour ce livre ? 


P.R. : C'est une vieille histoire, quand j'étais étudiant aux beaux-arts. On avait un prof de perspective qui passait son cours à faire des blagues vaseuses et après chaque mauvaise blague je faisais tourner une crécelle, ce qui le mettait en fureur. Il n'a jamais su que c'était moi, (ma souplesse de poignet me permettait de le faire sous la table sans que ça se voit). C'est en allant acheter la crécelle dans un magasin de farces et attrapes que j'ai rencontré mon personnage. En payant la crécelle je n'ai pas pu m'empêcher de lui dire «dans un commerce comme ça vous devez rigoler tous les jours !». Il me répondit le visage fermé, la lèvre tombante et l’œil terne «ça fait cinq francs».

- « Un type qui fait commerce de la rigolade et qui fait la gueule, c’est pas logique ». C’est ton sentiment ?


P.R. : Je n'aime pas la logique, ça ne m'a jamais inspiré. Je suis sûr qu'il existe des cuisiniers anorexiques et j'espère pour les marchands de pompes funèbres qu'ils ne passent pas leur vie à faire la gueule.

- Ton dessin va de plus en plus vers la ligne claire. Tu recherches la perfection du trait (à la Hergé) où tu penses qu’un dessin plus chargé, comme pour Ibicus, détourne les lecteurs d’une partie des sentiments que tu as envie de faire passer ?

P.R. : J'en sais rien, je fais comme je peux, en essayant que le dessin serve au mieux l'histoire, l'ambiance, le fond.
La société change, je change avec elle, je ne conçois pas que mon dessin ne s'adapte pas à ce changement.
Je ne creuse pas un sillon, je fais des trous partout, je tiens plus dans la création de la taupe ou, au mieux, du chien fou qui cherche ses os qu'à l'ingénieur qui fait un canal.

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