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En racontant la vie de sa grand-mère, Guiseppina, Marion Laurent en collaboration avec Arnaud Le Roux signe un premier livre délicat et sensible, d’une belle originalité et d’une étonnante maturité. Grâce aux témoignages de personnes qui l’ont bien connue ou seulement croisée, ils reconstituent le passé d’une vieille dame à la mémoire enfuie. C’est l’histoire d’une femme comme les autres, et en cela, elle en devient unique. |
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Que reste-t-il… par Arnaud Le Roux « Un jour, ma mère m’a dit que ce qui l’avait le plus surpris à la mort de son père, c’est que sa vie s’était résumée à un carton, à moitié rempli. Quelques photos, des objets sans valeur sinon celle de souvenirs complices, un ou deux cahiers d’écolier, noircis de pleins et de déliés.
J’ai alors réalisé que c’était peut-être ça que nous avions voulu faire en écrivant, puis en dessinant Entre deux averses. Nous voulions nous assurer, par nous-mêmes, qu’après sa mort, la vie de Giuseppina ne se réduirait pas à si peu de choses. Je me dis que longtemps après sa disparition, un jour, un enfant sortira notre livre d’une étagère poussiéreuse et commencera à le feuilleter. Au terme de sa lecture, peut-être voudra-t-il en savoir un peu plus sur son grand-père ou sur son arrière-grand-mère…
Nous souhaitions également aborder la question de ces inconnus qui jalonnent nos vies. Ces gens à peine vus, et vite oubliés, mais qui se souviennent à notre place et qui sont les cailloux blancs que nous laissons derrière nous, même si nous savons pertinemment que nous ne rebrousserons jamais chemin.
Pour Marion, notre livre, a été un voyage initiatique au cœur de sa famille. Un moyen pour elle d’équilibrer les ombres et les lumières, de découvrir, de comprendre sa grand-mère, pour mieux se connaître elle-même. »
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Marion s’approche de sa grand-mère et lui montre une photographie jaunie par le temps. Une date est inscrite au dos : 10 février 1938. On y voit une jeune femme souriante, heureuse sûrement… Mais ce moment de bonheur ne rappelle rien à Giuseppina. Pourtant, elle se dit que cela pourrait bien être elle… Mais non… Elle n’a jamais été aussi souriante, elle s’en souviendrait. Face à sa grand-mère, Marion ne peut détacher son regard du visage ridé, fatigué, des mains parcheminées, usées, gonflées de vieillesse. Et tout ce dont elle est capable, c’est de pleurer. Que reste-t-il des vingt ans de Giuseppina, de son enfance d’orpheline dans le Piémont, de son arrivée à Paris dans les années 30, de son premier mari, stérile, de son second mariage et de la naissance des enfants ? Qu’elle a donc été la vie de cette jeune femme posant tranquillement pour une photographie prise quarante-deux ans avant sa naissance, à elle, sa petite fille ? Recroquevillée dans sa solitude médicamentée, sans souvenirs, sans mémoire, Giuseppina est-elle vraiment la même que sur ce négatif de la réalité ?
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