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Didier Tronchet, choses écrites

J’ai le souvenir aussi d’un enfant obstiné. Voire buté. Quand je suis tombé dans la fascination pour la bande dessinée, j’ai voulu bien sûr faire les miennes. Ça n’avait pas l’air trop dur, j’ai regardé un Tintin : soixante-deux pages recto verso, des cases, de la couleur, hop, c’est parti. Et j’allais jusqu’au bout ! Mes camarades à qui j’avais refilé le virus s’arrêtaient eux au bout de deux pages, puis ils allaient faire les cons dans la rue, taper dans le ballon, tirer les nattes des filles. Bref, une occupation saine et virile d’enfant épanoui. Pas moi. Sur un coin de table, borné, tendu vers l’objectif, le front plongé dans un cahier scolaire transformé en album BD, je réalisais mon Grand Œuvre. Et rien ne m’aurait fait lâcher avant le mot « fin », en lettres de feu. Pas même les filles (entre nous, encore moins les filles !).

Evidemment, les situations que j’évoque sont excessives. Notamment la mise en scène de la misère, de la maladie ou du handicap. On m’a souvent reproché une certaine complaisance à rire du malheur. Encore une fois, sans que j’en aie eu l’intention, et avec le recul, je répondrai que c’est le point de vue qui sauve. Je ne me situe pas au-dessus des personnages, les jugeant. Je suis avec eux. Je ne viens pas du seizième arrondissement, pour ironiser. C’est mon milieu d’origine, je raconte ce que j’ai vu, ressenti. (…) Le choix discutable de décrire l’univers des malades ou des handicapés vient de l’intuition que les exclure du rire, c’est encore les exclure…

En dessin, on peut me reprocher beaucoup, mais pas de ne pas chercher. J’ai cherché dans tous les sens. (…) Mes albums témoignent de ces errements, avec de brusques ruptures en plein milieu, des remords visibles, des fulgurantes réussites et des ratages coupables. Autant de variations que le lecteur ne voit pas et dont il se fout (et c’est tant mieux). A l’arrivée, c’est l’intérêt de l’histoire qui l’emportera, ou pas. (…) C’est une des grandes injustices : le dessin virtuose qui ne nous touche pas nous est indifférent, voire antipathique. Et on adore le graphisme malhabile qui a su nous émouvoir. Le dessin est un acte hypnotique.

La conviction que j’en retire, c’est qu’en bande dessinée, le dessin est surtout une écriture. On lui demande la même chose : être lisible et bien raconter. Paradoxalement, je mesure la chance d’être un dessinateur limité, sans technique, ni académisme. J’ai été obligé d’inventer mon propre langage. Et j’ai maintenant remplacé l’idée folle de devenir un « bon dessinateur » par le plaisir simple d’être un « écriveur d’images ».

Toutes ces citations sont extraites de Tronchet, Carnets intimes, Fluide Glacial, 2004.
 
 
 

Il y a Didier, il y a Tronchet, et il y a Didier Tronchet. 

Trois personnes en une, oui, et ne questionnez pas, faussement ingénus : comme la sainte Trinité ? Didier, Vasseur de son nom, est né dans le Nord-Pas-de-Calais, terre des ch’tis-qui-ont-dans-le-cœur-le-soleil-qu’ils-n’ont-pas-dehors. Didier est un enfant reclus dans sa chambre, à griffonner des bédés, à s’inventer des histoires de Tintin. Ce n’est pas seulement affaire de saisons prétendues maussades. Il est aussi un enfant perdu, dans le deuil d’un père disparu trop tôt. Un enfant obstiné qui plonge corps et âme dans « une frénésie narrative, sans aucune concession à l’esthétisme » (1). Avec, déjà, la dérision comme blason, qui est au Nord-Pas-de-Calaisien ce que l’absurde est à l’Anglais et le surréalisme au Belge.

Dérision, mâtinée de causticité, que l’École Supérieure de Journalisme à Lille et les premiers pas au Matin de Paris lui apprennent à greffer sur le réel, le vécu et le vrai. Tronchet, sans prénom, pseudonyme un peu olé olé inspiré d’une rue de Paris, entre Opéra et Madeleine, se choisit une famille : les auteurs de la revue américaine Mad, Gotlib et ses parodies, Goossens et son non-sens. Ses frères de misère se nomment alors Raymond Calbuth et Jean-Claude Tergal.

Sont-ce ses « envies contradictoires et irrépressibles » (1) ? Ses questionnements de père quadragénaire ? Quoi qu’il en soit, Tronchet se donne un prénom, le sien, tant qu’à faire, pour revendiquer la gravité, la tendresse, l’amour ou l’amitié dans des livres où éclate, traits vifs et libérés, « ce pathétique de l’ordinaire qui est peut-être le sens profond de son œuvre » (2). Témoin Là-Bas, adaptation de Bleu Figuier, un roman d’Anne Sibran, la femme de sa vie, ou encore La Gueule du loup, son dernier-né, plus Didier Tronchet que jamais, où virevolte, humour décapant et rythme endiablé, la ronde implacable des sentiments et des désirs.

(1)    TRONCHET, Carnets intimes, Fluide Glacial.
(2)    PASCAL ORY, in Lire, décembre 2003 - janvier 2004.

 
 
La biographie
 
Didier Tronchet est né en 1958 à Béthune, et vit aujourd'hui à Lyon.

Bibliographie (très) abrégée

Raymond Calbuth, Glénat, huit tomes parus, prix de l’Humour, Angoulême 1990.

Jean-Claude Tergal, Fluide Glacial, huit tomes parus, Prix de l’Humour, Angoulême 1998.

Là-bas, avec Anne Sibran, « Aire Libre », Dupuis.

Ma vie en l’air, avec Anne Sibran, « Aire Libre », Dupuis.

Le Peuple des endormis
, avec Frédéric Richaud, « Aire Libre », Dupuis.

Petit Traité de footballistique, Plon.

Journal intime d’un bébé formidable
, Flammarion (paru en poche chez J’ai lu)

Ça n'arrive qu'à moi
, 2 tomes, Futuropolis

Vertiges de Quito, Futuropolis

Le Fils du Yéti, « Écriture »,Casterman

Le Monde du dessous, avec Anne Sibran, Casterman

L'Homme qui ne disait jamais non, avec Olivier Balez, Futuropolis



www.tronchet.com

Ça n'arrive qu'à moi!
Tome 1
Un récit écrit, dessiné et mis en couleurs par Didier Tronchet
Première parution : 07/05/2010
215 x 290 mm
64 pages
Prix de vente : 16,25 €
Code Sodis : 724084
ISBN : 9782754802390
     

Ça n'arrive qu'à moi!
Tome 2
Un récit écrit, dessiné et mis en couleurs par Didier Tronchet
Première parution : 07/10/2010
214 x 298 mm
64 pages
Prix de vente : 16,25 €
Code Sodis : 790055
ISBN : 9782754803939
     

La gueule du loup
Un récit écrit et dessiné par Didier Tronchet et mis en couleurs par Hubert
Première parution : 13/03/2008
215 x 290 mm
120 pages
Prix de vente : 19,3 €
Code Sodis : 717192
ISBN : 9782754801638
     

Le Peuple des endormis
Un récit de Didier Tronchet et Frédéric Richaud, d'après le roman de Frédéric Richaud, La Ménagerie de Versailles. Dessin de Didier Tronchet
Première parution : 26/05/2016
215 x 290 mm
144 pages
Prix de vente : 21 €
Code Sodis : 790567
ISBN : 9782754817257
     

L’homme qui ne disait jamais non
Un récit de Didier Tronchet. Dessin et couleur d'Olivier Balez
Première parution : 11/02/2016
195 x 265 mm
144 pages
Prix de vente : 21 €
Code Sodis : 790461
ISBN : 9782754811828
     

Vertiges de Quito
Les aventures extraordinaires de l'auteur, sa famille et son chat en Amérique du Sud
Première parution : 21/08/2014
195 x 200 mm
120 pages
Prix de vente : 18,5 €
Code Sodis : 790427
ISBN : 9782754811378